Nous vivons une époque de turbulences politiques. Partout dans le monde, les populismes et les extrémismes gagnent du terrain. Et la Belgique n’est pas épargnée. En Flandre, le Vlaams Belang progresse à un rythme inquiétant. Alors, plutôt que de subir, il nous faut comprendre. Comprendre pour résister. Résister pour préserver ce qui fait la force de notre démocratie.

 

C’est pourquoi je vous propose, dans ce premier numéro Nuances de l’année 2026, d’aborder la question de l’extrême droite en trois temps : définir l’idéologie, exposer ses méthodes et ses stratégies, et enfin désarmer la menace qu’elle représente.

 

Définir l’extrême droite

Pour combattre un danger, il faut d’abord le nommer. L’extrême droite repose sur trois piliers idéologiques : l’inégalitarisme, le nationalisme et le sécuritarisme.

 

D’abord, l’inégalitarisme, l’idée selon laquelle tous les êtres humains ne se valent pas. Ce discours hiérarchise les individus selon leur origine, leur culture ou leur religion. Et depuis les années 1980, l’extrême droite a remplacé le mot « race » par des expressions plus acceptables comme « culture » ou « identité », mais le fond reste le même : dire que certains seraient « inassimilables ». Ensuite, le nationalisme, cette idée d’une nation prétendument « pure », menacée par l’extérieur. Un nationalisme défensif, centré sur la peur de l’autre et la nostalgie d’un passé idéalisé.

 

Enfin, le sécuritarisme, qui réclame toujours plus de contrôle, de surveillance et de coercition, au nom de la protection de la nation. Ces trois ressorts – inégalitarisme, nationalisme, sécuritarisme – s’enchevêtrent pour former le cœur idéologique de l’extrême droite contemporaine.

 

Exposer ses méthodes et ses stratégies

L’extrême droite ne conquiert pas toujours le pouvoir par les urnes. Souvent, elle infiltre le débat public et les politiques sans gouverner. En Belgique, la loi définit l’extrémisme comme tout discours contraire aux droits humains et à l’État de droit. Pourtant, certaines propositions jadis marginales se retrouvent aujourd’hui banalisées. Ainsi, de nombreuses mesures du programme du Vlaams Blok dans les années 1990 ont fini par influencer des politiques concrètes, même sans que l’extrême droite soit au pouvoir. Et plus récemment, en 2024, l’entrée du Vlaams Belang dans plusieurs exécutifs communaux, à Ninove notamment, marque une nouvelle étape.

 

Comment l’extrême droite y parvient-elle ? Par une propagande opportuniste, qui exploite le malaise social et la colère populaire. Elle s’installe là où les autres partis ont déserté, crée un lien de proximité, joue sur le sentiment d’abandon. Mais son outil le plus puissant, ce sont les réseaux sociaux. Ces plateformes privilégient l’émotion, la peur et la colère. Les algorithmes polarisent les opinions. Les « fake news» se répètent jusqu’à devenir crédibles.

 

Pour contrer cela, il faut des réponses adaptées : la technique du « sandwich » de la vérité – rappeler les faits, dénoncer le mensonge, puis réaffirmer les faits – et le « pre-bunking », c’est-à-dire anticiper les fausses informations avant qu’elles ne circulent.

 

Désarmer la menace

Désarmer l’extrême droite, ce n’est pas restreindre la liberté d’opinion, c’est défendre la démocratie. Et pour cela, la Belgique dispose d’outils précieux.

 

Le cordon sanitaire médiatique, d’abord. Il ne s’agit pas de censure, mais de responsabilité. Ce principe empêche que des idées contraires aux droits fondamentaux soient diffusées sans contradiction. C’est ce cordon qui, depuis trente ans, a protégé la Wallonie et la Belgique francophone d’une percée durable de l’extrême droite.

 

Ensuite, la Charte de la démocratie, adoptée par les partis démocratiques. Elle rappelle les valeurs essentielles : la tolérance, la diversité, la modération du discours, le refus de toute complaisance envers l’extrême droite. Ce texte, même non contraignant, sert de boussole morale collective.

 

Mais au-delà des outils, c’est sur le terrain des idées que la bataille doit se jouer. Défendre la démocratie, c’est refuser la banalisation. C’est rappeler, sans relâche, que derrière la façade d’un discours séduisant se cache toujours la même rhétorique de haine et d’inégalitarisme.

 

Désarmer l’extrême droite, c’est donc révéler ce qu’elle est, montrer comment elle agit, et renforcer ensemble notre résilience démocratique.

 

C’est ce message puissant que sont venus nous rappeler, le 12 novembre dernier, dans l’hémicycle du Parlement bruxellois, Jean Faniel1 (CRISP), François Heinderyckx2 (Université libre de Bruxelles) et François Debras3 (Université de Liège), et trois éminents chercheurs, spécialistes de l’extrême droite, à l’occasion de la conférence que j’ai eu le plaisir et l’honneur d’organiser. Ils ont réaffirmé avec brio cet objectif simple mais fondamental : « exposer l’extrême droite pour mieux la désarmer ».

Cliquez ici pour retrouvez l’intégralité de l’article +

 

Facebook
LinkedIn
Instagram